Tout ce que vous devez savoir pour tracer votre propre aventure dans la province de l’Alberta.

Cet article de Todd Babiak a été initialement publié sur le site Web de Travel Alberta.

 

Par une nuit noire de février, de la vapeur, la fumée d’un feu de bois et des voix montent du ravin Mill Creek, un parc du centre-ville d’Edmonton. Des couples et des enfants emmitouflés dans des manteaux, chapeau sur la tête et gants aux mains, se pressent dans les allées centrales autour des tipis et des chanteurs autochtones.

 

Les danseurs métis sont un peu plus loin, avec un groupe de musiciens. L’art public occupe les recoins les plus calmes, où lumière, musique, histoire et politique se mélangent avec la neige, les arbres et les feux. Quelques « voyageurs » à moustache postiche passent dans leur faux canoë, de minuscules pagaies dans les mains. De temps en temps, les héros du temps révolu du commerce de la fourrure s’arrêtent et posent quelques questions sans queue ni tête dans un sabir franco-anglais.

 

Tout ceci est typiquement edmontonien.

 

La ville reine de l’hiver

Simon O’Byrne et sa famille sont dans la foule. Lui est vice-président de la planification communautaire à Stantec, une société d’experts-conseils basée à Edmonton. La petite entreprise qu’il a montée seul compte désormais 22 000 employés dans le monde entier. Lors de manifestations comme celle-ci, on connaît M. O’Byrne en tant que coprésident de la « WinterCity Strategy », un mouvement pour transformer la façon dont les Edmontoniens perçoivent l’hiver qui a donné naissance à des idées rendant ce genre d’événements possibles.

 

Le Festival Canoë Volant marie mythes autochtones et métis, traditions franco-canadiennes, histoire du Canada, arts visuels, théâtre et obscurité. Parfois, on se croirait dans une fête où chacun est venu avec son thermos de chaleur. À d’autres moments, on se dirait dans une église en plein air.

À la fin de la visite, M. O’Byrne, son épouse Lianna Chondo et leurs filles traversent le quartier francophone d’Edmonton pour se rendre à Café Bicyclette, dont la terrasse est ouverte toute l’année. En chemin, ils croisent des gens en skis de fond, des hommes et des femmes sur des vélos à pneus neige et des joggeurs munis de lampes frontales. Inévitablement, quelqu’un les enjoint à s’inscrire à la course de canoë sur la pente de ski située à quelques rues de là. Oui, oui, c’est bien ça, il s’agit de dévaler une colline enneigée dans un canoë.

 

Il n’y a pas si longtemps, les nuits de février étaient beaucoup plus calmes et monotones dehors.

 

En 2012, Simon a participé à lancer ce qui avait l’air d’être une petite initiative bénévole visant à « retrouver du plaisir dans l’hiver ». Les idées tournaient autour de l’urbanisme, des transports, des loisirs et des commerces. Mais apparemment, le défi le plus ardu était de changer la façon dont les Edmontoniens parlaient de l’hiver et voyaient cette saison.

 

Il fallait changer de disque.

En parlant avec d’autres adultes, Simon et ses collègues du comité ont découvert que jeunes, ils adoraient l’hiver. C’était une saison mystérieuse, onirique et ludique. Les moments passés dehors figuraient parmi les souvenirs d’enfance les plus marquants des habitants d’Edmonton. Et ils n’avaient pas que le patin ou le ski en tête, ils se souvenaient de moments créatifs passés à faire des batailles de boules de neige, s’allonger dans la neige pour faire l’ange, prétendre être la reine de neige dans un château ou à jouer aux espions dans des tunnels de neige.

 

Pourtant, jusqu’à peu, la plupart des adultes d’Edmonton se plaignaient de la neige et du manque de lumière. Ils combattaient l’hiver à grands coups de soirée ciné quotidiennes, en ne se déplaçant qu’en voiture et en prenant une semaine ou deux de vacances sous les tropiques chaque année.

 

Les membres du comité se sont penchés sur les villes du nord de l’Europe qui entretiennent des relations plus saines avec l’hiver et qui rendent la saison « sexy » : festivals de rue et traditions à Reykjavík, à Oslo et à Helsinki, cyclistes intrépides à Copenhague, verres de vin chaud au marché de Noël à Strasbourg.

Les débuts ont été maladroits. Les chroniqueurs de la presse et les animateurs à la radio se plaignaient de la froideur du vent et se vantaient de préférer les sorties dans les centres commerciaux. Les premières tentatives pour offrir aux Edmontoniens davantage d’activités et leur donner des raisons de sortir en hiver ont été vécues comme une cuillérée d’huile de foie de morue : on va peut-être ressentir des bienfaits, mais ça passe mal.

 

C’est impossible d’importer à Edmonton ce qui marche en Islande ou dans le Wisconsin. Le berceau du mouvement nord-américain « Fringe Theatre », une célébration du théâtre émergent, n’a que la culture en tête. Les citoyens veulent inventer leurs propres activités ludiques. Shirley Lowe, ancienne historienne officielle de la ville, l’a bien expliqué : « À Edmonton, si l’idée de vient pas de nous, elle n’est pas à nous. »

 

La conclusion fut donc simple, voire un peu naïve : « Allons jouer dehors ».

Les Edmontoniens ont mis sur pied des rencontres entre adeptes du vélo d’hiver. Ils ont organisé des batailles géantes de boules de neige. Ils ont demandé au conseil municipal de modifier les règlements qui limitaient l’exploitation de terrasses extérieures en hiver et ont plaidé leur cause auprès de l’administration pour que des pistes de ski de fond soient tracées dans la vallée fluviale centrale.

 

Les citoyens ont fait des dons pour illuminer le pont High Level, une infrastructure historique à Edmonton. Ils ont lancé de nouveaux festivals aussi bizarres que sympas tels que le Festival Canoë Volant et le très multiculturel Festival Deep Freeze, et ils ont développé les événements qui existaient déjà, comme le festival Silver Skate, le festival de ski Canadian Birkebeiner et la Slush Cup annuelle de l’Edmonton Ski Club, le tout avec à manger, à boire et en mariant d’anciennes traditions à de nouveaux rites. Les organisateurs de manifestations hivernales de théâtre et de musique qui avaient lieu en salle se sont engouffrés dans la brèche et ont invité l’art à prendre l’air dehors.

Par rapport à ce qu’Edmonton était entre novembre et mars il y a quelques années encore, on se croirait dans une autre ville. Tout s’est enchaîné si vite qu’Edmonton a lancé une conférence internationale, la « Winter Cities Shakeup », pour discuter des façons de redonner aux villes du Nord leur fier caractère nordique. Il a fait exceptionnellement chaud (16⁰C!) lors de la deuxième édition de la conférence en février 2017. Le ciel était bleu et il n’y avait pas de neige.  

 

Il y a dix ans, on s’en serait réjoui. Désormais, pour les organisateurs et les conférenciers comme M. O’Byrne, un tel temps est presque gênant.

 

Autrefois, les Edmontoniens invitaient leurs amis, leur famille et les touristes à venir leur rendre visite en août, quand les jours sont longs et que la ville est plongée dans le tourbillon de folie du Festival Fringe et du Folk Fest. Désormais, on peut tout aussi bien vanter les longues nuits de février, du moins aux amateurs de culture qui ont le sens de l’aventure. Il vous faut juste une paire de bottes chaudes à la mode… et un thermos.

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